Transgénérationnel institutionnel

Descendants de personnes ayant été scolarisées dans des écoles religieuses ou confessionnelles, ou dans un système scolaire historiquement punitif, autoritaire et hiérarchisé, où la violence éducative (physique, psychique ou symbolique) était banalisée pendant de longues périodes. Ces contextes incluaient des pratiques disciplinaires sévères, des humiliations publiques, une disqualification de l’enfant, ainsi qu’un rapport de pouvoir asymétrique fortement intériorisé.

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Laetitia Dauplet
Thérapeute transgénérationnelle
Maître Praticienne en EFT Clinique

Transgénérationnel

institutionnel

Laetitia Dauplet
Thérapeute transgénérationnelle
Maître Praticienne en EFT Clinique

Le transgénérationnel institutionnel correspond à ce qui peut se transmettre dans une famille après des expériences difficiles vécues avec des institutions comme l’école, la médecine, l’administration, la justice, l’armée ou la prison.
Ce ne sont pas les événements eux-mêmes qui se transmettent, mais les réactions de survie développées face à des systèmes perçus comme injustes, violents, humiliants ou abusifs.

Héritage d'institutions religieuses

Dans certaines écoles religieuses ou confessionnelles, sur de longues périodes historiques, l’organisation fortement hiérarchisée du pouvoir éducatif, moral et spirituel a pu favoriser des violences institutionnelles, qu’elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles. La discipline punitive, les humiliations, la culpabilisation morale, le silence imposé et l’impossibilité pour l’enfant de faire entendre sa parole ont créé des contextes dans lesquels la protection de l’enfant n’était pas assurée.

Dans ce cadre, des abus sexuels ont pu se produire, rendus possibles par l’asymétrie de pouvoir, le statut sacralisé de certains adultes, la confusion entre autorité, morale et obéissance, et l’interdit de dénoncer. Le corps de l’enfant pouvait devenir un lieu de contrainte, de honte ou d’emprise, sans espace de reconnaissance ni de réparation.

Ce qui se transmet n’est ni l’institution religieuse en tant que telle ni les faits précis, mais les modes d’adaptation psychiques, corporels et relationnels élaborés pour survivre dans un cadre où l’autorité pouvait être vécue comme abusive et où la parole et le corps de l’enfant n’étaient pas protégés.

Héritage d'institutions médicales

L’institution médicale a longtemps été organisée autour d’un savoir asymétrique, où la parole du médecin faisait autorité et où le patient disposait de peu de moyens pour comprendre, consentir ou refuser. Dans ce cadre, certaines personnes ont pu vivre des abus médicaux, des diagnostics erronés, des traitements imposés, des hospitalisations traumatiques, ou une absence de consentement réel, notamment lors d’actes invasifs, de prises en charge psychiatriques ou obstétricales.

Ces expériences ont parfois impliqué une dépossession du corps, vécu comme objet de soin plutôt que comme sujet, ainsi qu’un sentiment d’impuissance, de peur ou de trahison. Le cadre médical, censé protéger, a alors pu être perçu comme intrusif, violent ou insécurisant.

Ce qui se transmet transgénérationnellement n’est pas l’événement médical en lui-même, mais les modes d’adaptation psychiques et corporels développés pour survivre dans un contexte où le corps a été exposé sans protection suffisante et où la parole du patient n’était pas reconnue.

Chez les descendants, ces héritages peuvent se manifester par une méfiance envers le corps médical (et pas seulement), une difficulté à consulter, un retard ou un évitement des soins, voire un refus de certaines prises en charge. À l’inverse, ils peuvent aussi conduire à une suradaptation médicale, avec une dépendance excessive aux examens, aux contrôles ou aux avis spécialisés, traduisant une tentative de maîtriser l’angoisse par le savoir et la surveillance.

Héritage d'institutions administratives et judiciaires

Les institutions administratives et judiciaires reposent sur des règles, des procédures et des décisions formalisées, souvent complexes et impersonnelles. Dans certains contextes historiques ou familiaux, des personnes ont pu être confrontées à des décisions arbitraires, à des pertes de droits, à des sanctions injustes, à des procédures longues ou incompréhensibles, voire à des jugements vécus comme violents ou déshumanisants.

Ces expériences ont parfois placé les individus dans une position de dépendance totale face à l’institution, sans possibilité réelle de recours, de compréhension ou de défense. Le cadre administratif ou judiciaire, censé garantir l’équité et la protection, a alors pu être vécu comme opaque, menaçant ou écrasant.

Ce qui se transmet transgénérationnellement n’est pas la procédure ou la décision en elle-même, mais les modes d’adaptation psychiques et relationnels développés pour survivre face à un pouvoir perçu comme arbitraire, imprévisible ou inaccessible.

Héritage d'institutions militaires et carcérales

Les institutions militaires et carcérales reposent sur des systèmes de discipline extrême, de hiérarchie rigide et de contrôle du corps et du comportement. Dans ces cadres, certaines personnes ont été exposées à des violences institutionnalisées, à des contraintes sévères, à l’enfermement, à la privation de liberté, ou à une déshumanisation progressive, parfois dans un contexte de guerre, de répression politique ou de sanctions pénales.

Ces expériences ont souvent imposé des stratégies de survie immédiates, fondées sur l’obéissance stricte, l’endurance, le silence ou, à l’inverse, sur des formes de résistance interne ou de révolte. Le corps a pu devenir un lieu de contrainte permanente, soumis à des règles extérieures strictes, à la violence ou à l’anticipation constante de la sanction.

Ce qui se transmet transgénérationnellement n’est pas l’institution en elle-même ni les faits précis, mais les modes d’adaptation psychiques, corporels et relationnels développés pour survivre dans un cadre où la liberté individuelle était fortement restreinte et où le pouvoir s’exerçait de manière coercitive.

Chez les descendants, ces héritages peuvent se manifester par une difficulté marquée avec les règles et les cadres imposés, vécus comme potentiellement oppressifs. Les réactions face à l’autorité peuvent osciller entre des conduites de révolte, d’opposition ou de transgression, et des réactions de figement, de soumission ou d’inhibition.

Chez les descendants, ces héritages peuvent se manifester par une angoisse importante face aux démarches administratives (courriers, formulaires, convocations, délais), un évitement des institutions, une procrastination massive ou une paralysie face aux obligations formelles. Le simple contact avec l’administration ou la justice peut réactiver un sentiment d’insécurité ou de menace diffuse.

Sur le plan psychique, on observe souvent un sentiment d’impuissance, une crainte de mal faire, de se tromper ou d’être sanctionné, ainsi qu’une difficulté à se sentir légitime pour demander, contester ou faire valoir ses droits. La colère peut être présente mais contenue, déplacée ou retournée contre soi.

Sur le plan relationnel, la relation à l’autorité institutionnelle peut osciller entre soumission excessive, obéissance rigide, besoin de se conformer strictement aux règles pour éviter tout problème, et à l’inverse des conduites d’opposition, de méfiance ou de rejet de toute forme de cadre administratif ou judiciaire.

Ces modalités, bien que différentes, relèvent d’une même logique adaptative héritée face à un système vécu comme potentiellement injuste ou dangereux.

Le travail thérapeutique vise à différencier l’institution actuelle de l’expérience passée, à restaurer un sentiment de capacité d’agir, et à permettre au sujet de se positionner face aux règles et aux autorités de manière plus ajustée, sans être guidé uniquement par la peur, la soumission ou la révolte héritées.

Chez les descendants, ces modes adaptatifs peuvent structurer durablement le rapport à l’autorité selon plusieurs polarités :

  • une révolte ou un rejet inconscient de toute autorité, perçue comme potentiellement dangereuse ou oppressive ;

  • à l’inverse, une soumission excessive, une suradaptation, un besoin de « rentrer dans les cases », d’être irréprochable ou conforme afin d’éviter la sanction, le rejet ou la violence ;

  • une oscillation entre ces deux positions, traduisant une difficulté à intégrer une autorité vécue comme sécurisante et structurante.

Sur le plan psychique, on peut observer une culpabilité diffuse, une peur de la faute, une inhibition de la pensée critique ou, au contraire, une opposition systématique.

Sur le plan corporel, des tensions chroniques, des états de figement, de dissociation ou des troubles psychosomatiques peuvent témoigner d’une inscription durable de la contrainte et de la peur.

Dans ce contexte, peut également se transmettre un rejet inconscient de la religion ou du religieux. Ce rejet n’est pas nécessairement idéologique ni conscient ; il peut constituer une stratégie de protection psychique, visant à se tenir à distance de tout ce qui rappelle symboliquement un cadre où l’autorité, la morale et le sacré ont été associés à la violence, à l’emprise ou au silence. À l’inverse, certains sujets peuvent rester attachés à la religion tout en portant une culpabilité ou une peur profonde liée à cette association implicite.

Le travail thérapeutique vise à différencier l’autorité structurante de l’abus de pouvoir, à redonner au sujet la maîtrise de sa parole et de son corps, et à lui permettre de se positionner librement vis-à-vis de l’autorité et du religieux, sans que ces choix soient dictés par un héritage de violence institutionnelle.

Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, l’école a également pu être un lieu où certaines pratiques aujourd’hui impensables étaient tolérées, notamment la consommation d’alcool (vin ou cidre) à l’école jusqu’en 1956, inscrivant précocement le corps de l’enfant dans des logiques de contrainte, de normalisation et d’adaptation forcée.

Chez les descendants, ces modes adaptatifs peuvent créer des difficultés durables dans le rapport à l’autorité, au cadre et au savoir, se manifestant par de l’anxiété, des conduites d’évitement comme la phobie scolaire, mais aussi par des conduites de révolte ou d’opposition. À l’inverse, ils peuvent prendre la forme d’une soumission excessive, d’une suradaptation et d’une recherche constante de conformité afin d’éviter la sanction ou le rejet.

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